Lutte collective contre le charançon rouge : résultats ARECAP 2024

Note préliminaire importante : le 12 février 2025, au moment de publier cet article nous apprenons que les services du Ministère de l’Agriculture s’apprêteraient à abroger l’arrêté de lutte obligatoire du 25 juin 2019. L’idée serait, si nous l’avons bien comprise, de se débarrasser du problème des palmiers pour le transmettre aux préfets des régions directement concernées par la préservation des palmiers sur leur territoire.

1) La « Stratégie de la dernière chance ».

La lutte intégrée collective ARECAP est fondée sur la « Stratégie de la dernière chance ».

Devant le constat et l’ampleur de l’hécatombe des palmiers Phoenix canariensis patrimoniaux dans la plupart des grandes villes de la côte méditerranéenne en 2015, Michel Ferry, chercheur de l'INRA et directeur de la Station Phoenix de Elche (Espagne), avait appelé toutes les collectivités à appliquer une « Stratégie de la dernière chance » présentée lors de la conférence débat du 26 juin 2015 à Hyères, organisée par le CMSP.
C’est après plusieurs années de recherches sur le traitement des palmiers contre le CRP en collaboration avec Susi Gomez de la Station Phoenix, qu’ils avaient pu prouver en 2010 et 2011, l’efficacité de l’injection d’émamectine benzoate pour le traitement préventif des palmiers ce qui a permis à la société Syngenta d’obtenir l’AMM du produit "Revive" en mars 2024. Les avantages incontestables de l’injection leur permettaient enfin d’envisager l’organisation de luttes collectives, en proposant une stratégie réaliste à grande échelle (toute la zone infestée), basée, entre autres, sur des traitements préventifs, accessibles à la
majorité des propriétaires de palmiers, très sûrs d’emploi en milieu urbain et autorisés à cette fin par le Ministère de l’Agriculture.
Seules la commune de Fréjus et sa Communauté d’Agglomération (la CAVEM) ont compris qu’il serait impossible de préserver leur patrimoine végétal remarquable sans organiser une lutte collective et ont décidé d’appliquer cette stratégie en lançant l’opération ARECAP dès l’été 2016, après avoir négocié les prix des traitements avec la Société Syngenta, qui détenait un monopole de fait sur le traitement par injection.


Frédéric Ferrero qui était alors, le Directeur du Pôle environnement E3D de la CAVEM, en charge du projet ARECAP qu’il avait présenté lors de la réunion publique organisée conjointement par la Ville de Fréjus, la CAVEM et le CMSP, avait souhaité qu’il puisse servir de démonstration sur la faisabilité et l’efficacité d’une lutte intégrée collective fondée sur la stratégie prônée par Michel Ferry. ARECAP est lancé officiellement lors d'une conférence de presse au théâtre "le Forum" le 22 avril 2016, après négociations des conditions commerciales et techniques avec la Sociéte Syngenta en partenariat avec la FredonPaca et l’association Propalmes83, sous la direction scientifique de Michel Ferry. Les premiers traitements par injection sont réalisés dès le mois de juin 2016 au prix forfaitaire de 72€ TTC par an et par palmier incluant traitement et déplacement.


Malheureusement, en 2015, les auttres communes n’ont pas entendu ni compris l’appel de Michel Ferry, alors même qu’il avait reçu le soutien de l’Inra de la FNE et de FREDON ! Les raisons étaient multiples. Certains, même au niveau des instances régionales, considérant que les palmiers n’avaient pas leur place dans notre région ! Mais sans doute aussi l’aveuglement et l’ignorance de ceux qui pensaient pouvoir contenir l’infestation avec des traitements biologiques ou des solutions miracles (chien renifleur, détection sismique, traitements par drones, piégeage massif, hyperfréquences, etc. ), et surtout une vague d’oppositions politiciennes dogmatiques sans aucun fondement scientifique si ce n’est le rejet d’un traitement chimique. Partisans intransigeants du zérophyto, ils ont refusé d'entendre que, premièrement, l'emploi de ce traitement répondait précisément à l'exception prévue par M. J. Labbé, sénateur écologiste à l'origine de la loi qui porte son nom, et, deuxièmement, qu'il était conçu pour un retour au zérophyto après quelques années si la stratégie encadrant son utilisation était adoptée au niveau régional.


2) Les résultats de la campagne de traitement ARECAP constatés à fin 2024

2.1) La faisabilité

Grâce aux équipes sur le terrain de Fabien Walicki en charge du service de Lutte contre les nuisibles à la Communauté d’Agglomération, nous avons pu démontrer sa faisabilité avec plus de 2000 propriétaires impliqués, quelque 6000 palmiers inspectés dont 5300 ont été traités parmi lesquels plus de 3500 palmiers Phoenix canariensis ( 90 % privés) – chiffres donnés en moyenne par an entre 2016 et 2024.

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BILAN ARECAP 2024   SRAL 3

 

2.2) Son efficacité
Son efficacité est évaluée chaque année en analysant, d’une part les constats de l’état sanitaire des palmiers enregistrés et suivis par les applicateurs et d’autre part, les relevés des captures dans un réseau de plus de 1050 pièges dont 1/3 sont confiés aux propriétaires privés bénévoles.

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Les échecs apparents correspondent aux palmiers injectés considérés comme sains en 2023 mais détectés infestés, assainis ou morts en 2024, lorsque cette évolution ne peut-être attribuée à une cause externe au traitement et à condition que les palmiers aient été traités par injection à moins de 13 mois d'intervalle.
Globalement le taux d’échecs apparents moyens constatés, toutes espèces confondues, est de 2,98 % des palmiers injectés en 2023. Il est de 3,73 % pour les palmiers des Canaries (Phoenix canariensis) et de 4 % pour les palmiers dattiers (Phoenix dactylifera). En 2024, les Washingtonia mis à part, pour lesquels le taux d’échecs reste très faible car peu attaqués par le charançon, on constate une augmentation des échecs sur les palmiers dattiers et autres espèces qui, bien que beaucoup moins nombreux seront à surveiller.

 

BILAN ARECAP 2024   SRAL 10

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Après une très nette décroissance des captures de CRP entre 2018 et 2020 on constate une stabilisation qui pourrait être liée à la présence de foyers résiduels qu’il faudrait éliminer.

Pour réduire ces foyers résiduels, il faut :
1) que les propriétaires de palmiers surveillent très attentivement et très régulièrement (au moins une fois par mois) l'état sanitaire de leurs palmiers pour pouvoir détecter une infestation éventuelle. En cas de doute ou de suspicion il faut demander l'avis d'un professionnel agréé par la Draaf et si nécessaire les faire assainir très rapidement pour éviter la dissémination des charançons dans l'environnement (à noter que tous les professionnels agréés par la Draaf pour lutter contre le CRP peuvent conseiller ou pratiquer un assainissement, un étêtage, voire l'abattage d'un palmier qu'il serait impossible de sauver (subclaquant ou mort) sans être obligés de passer par un applicateur ARECAP). Par contre, afin de pouvoir suivre l'état des palmiers traités, il est important d'en informer le service LCN qui regroupe et analyse l'ensemble des données permettant, en collaboration avec CMSP/Propalmes 83, d’évaluer l’évolution de la situation et les résultats de la lutte collective.

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 2) que les propriétaires de palmiers continuent à faire traiter préventivement leurs palmiers avec les produits autorisés. On constate plusieurs cas où certains s'arrêtent ou abandonnent (volontairement ou involontairement) le traitement par injection puis le reprennent ensuite quelques fois. Le manque de constance dans la surveillance et le suivi des traitements des palmiers est une aubaine pour le charançon et retarde aussi son éradication du territoire ;

3) que les communes limitrophes s'engagent très rapidement dans la même démarche de lutte collective pour arriver à une réduction pérenne de la population de CRP sur l’ensemble de la Région.
Le taux de mortalité constaté sur les palmiers traités est nettement plus faible que le taux d’échecs apparents puisque de nombreux palmiers infestés seront assainis puis traités et les palmiers qui ont été assainis seront traités préventivement. Il est de 1,5 % en moyenne par an depuis 2016 suivant les constats des applicateurs et de 1,7 % en 2024. Cependant ce taux n'est pas significatif sans explications détaillées complémentaires pour chacun des cas, car de nombreux paramètres peuvent intervenir.
Le mieux pour se convaincre de l'efficacité du traitement est de constater la situation sur place : voir les photos ci dessous qui ont été prises sur plusieurs sites de Fréjus avec des alignements de palmiers des Canaries :
- Photo 02: l’alignement des 38 palmiers des Canaries, patrimoniaux et majestueux de la Résidence du Parc de Valère, traités
depuis 2016 et toujours présents aujourd’hui (alors que la résidence en avait perdu 5 en 2015 malgré des traitements aux
nématodes -photo 01).

160627 Parc de Valere m720

Photo 01 - Alignement des palmiers patrimoniaux de la résidence du Parc de Valère, assainis en 2016 et traités par injection dans le cadre d'ARECAPPhoto
CMSP-DC - le 27 juin 2016

240327 Parc de Valere m720 h

Photo 02 - Alignement des Phoenix canariensis patrimoniaux de la résidence du Parc de Valère, traités depuis 2016 - Photo CMSP-DC - le 27 mars
2024

240507 Port Frejus m720
Photo 03 : les palmiers des Canaries qui bordent la promenade le long du canal de Port-Fréjus II,suivis et traités par injection, dans le cadre d'ARECAP depuis 2016

(Photo CMSP-DC - le 7 mai 2024)

230300 GE blvd de la Liberation Frejus m1620 txt

Photo 04 : ou les palmiers des Canaries qui bordent les boulevards d'Alger et de la Libération sur le front de mer ...