Pour sauver les palmiers la lutte collective est indispensable !

Pour sauver les palmiers la lutte collective est indispensable et peut permettre d'éradiquer le charançon rouge en quelques années si 75% des palmiers sont traités.

Pour stopper la prolifération des charançons rouges des palmiers et réduire rapidement leur population, seule la généralisation de la lutte collective à l'ensemble des territoires contaminés permettra d'arrêter l'hécatombe des palmiers sur le littoral méditerranéen. C'est avant tout une question de volonté politique et d'organisation de la lutte par les collectivités. On le sait très bien depuis de nombreuses années maintenant : il ne sert à rien de traiter les palmiers publics si les privés ne sont pas traités et vice-versa !

Lors de la réunion internationale organisée par le Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et la FAO à Bari du 23 au 25 octobre 2018, Michel Ferry a présenté les conclusions d'une étude qu'il a menée sur la relation entre le nombre de palmiers traités simultanément dans une zone contaminée et la décroissance du nombre des nouvelles infestations des palmiers (voir sa présentation en anglais "An effective strategy to obtain very rapidly the Red Palm Weevil decline in an area planted with ornamental palms" / "une stratégie efficace pour obtenir la régression rapide de la population de charançons rouges du palmier dans les zones de palmiers d'ornement").

Pour cette étude, avec un mathématicien, il a élaboré un modèle statistique permettant d’établir avec une probabilité de 95% la relation entre le pourcentage de palmiers traités dans une zone contaminée et l’évolution du nombre de nouveaux palmiers infestés. Ce modèle repose entre autres sur l’établissement du ratio de reproduction du CRP, établi sur les résultats disponibles pour quatre municipalités, dont deux de la CAVEM même si pour celles-ci les données disponibles sont sous évalués.

Le calcul de ce ratio permet d’établir que le nombre de nouveaux palmiers infestés tend à doubler d’une année sur l’autre.  

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Ce modèle statistique montre que :

1) si 50% des palmiers cibles sont traités alors la croissance exponentielle de l'infestation est stoppée et le nombre de nouveaux palmiers infestés reste pratiquement constant d'une année sur l'autre ;

2) si au moins 75% des palmiers cibles sont traités alors la décroissance de l'infestation est très rapide et on se retrouve après 3ans de lutte avec uniquement des foyers résiduels isolés qu'il sera possible de surveiller et de traiter avec des moyens biologiques.

 

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Ces résultats sont en accord avec ce que nous observons sur le terrain. Les palmiers traités en 2016 représentaient un peu plus de 50% des palmiers Phoenix canariensis, cible principale du charançon rouge des palmiers (CRP), à fin 2017 sur 3000 palmiers traités par injection, le taux d'échecs apparents n'était que de 1,5% (39 palmiers ) alors que sans traitement, compte tenu du taux d'infestation des années précédentes on aurait pu s'attendre à trouver de 450 à 600 nouveaux palmiers infestés. L'opération Arecap a donc permis des économies importantes en terme de coûts de traitements préventifs mais également en réduisant considérablement les dépenses d'assainissements, d'abattages et d'élimination des déchets dont la facture se serait chiffrée à plusieurs centaines de milliers d'euros. Mais surtout et c'est là le plus important elle a permis de conserver un patrimoine végétal inestimable.

Quelles sont les conditions pour pouvoir engager une lutte collective ?

1) Une volonté politique affirmée de vouloir sauver notre patrimoine végétal.

Sauver les palmiers passe obligatoirement par une lutte collective ! les traitements individuels sont voués à l'échec et ne font, au mieux, que retarder l'échéance au détriment des propriétaires privés, démunis face à ce fléau. Toutes les collectivités qui se sont bornées à traiter leurs palmiers publics sans se préoccuper d'aider et d'organiser une lutte collective avec les propriétaires privés en ont fait l'expérience malheureuse.

2) Disposer d'un traitement qui soit parfaitement adapté à la lutte collective

- il doit disposer d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) qui permette son utilisation pour la lutte contre le Rhynchophorus ferrugineus / charançon rouge des palmiers (CRP).

- il doit être suffisamment efficace et son efficacité doit être scientifiquement démontrée et reconnue en condition réelle ;

- il doit avoir une rémanence importante pour - limiter le nombre de traitements annuels (particulièrement important dans notre région où il y a de nombreuses résidences secondaires qui ne sont occupées que quelques mois dans l'année par leur propriétaire), et par voie de conséquence - limiter le coût des traitements ;

- le coût du traitement doit être le plus faible possible et acceptable par la grande majorité des propriétaires afin qu’ils adhèrent à la stratégie proposée et que le taux de palmiers traités atteigne le plus rapidement possible 75%. En regroupant les traitements, leur efficacité sera nettement augmentée (tous les palmiers susceptibles d’être infestés traités en même temps, de préférence au printemps). De plus le rendement des interventions pourra être considérablement amélioré ce qui permettra d’abaisser notablement leur coût ;

- l'impact du traitement sur l'environnement doit être acceptable et le plus réduit possible ;

- le traitement doit pouvoir se faire facilement en milieu urbain sans avoir à prendre des dispositions particulières de protection de la population. Il est à noter de ce point de vue que la méthode de traitement est importante puisqu'un traitement dont l'application ne peut se faire que par aspersion ou pulvérisation d'insecticide (dont le Beauveria bassiana -voir ci-dessous) nécessitera un délai de rentrée de 6h pendant lequel l'accès à la zone de traitement doit être interdite au public alors qu'un traitement par injection à l'intérieur du végétal n'impose aucun délai de rentrée ;

- le traitement doit pouvoir se faire dans n'importe quelles conditions d'accès sans nécessiter d'engins spéciaux dont le déplacement pourrait-être problématique et coûteux ;

Remarque : à l'heure actuelle et même si certains traitements "préventifs" possèdent des vertus curatives, il n'existe aucun traitement curatif chimique ou biologique suffisamment efficace sur des palmiers infestés. Le seul traitement curatif reconnu consiste à supprimer mécaniquement toutes les parties infestées (méthode Ferry) avant d'appliquer des produits fongicides et insecticides.

L'injection d'émamectine benzoate (spécialité commerciale = Revive de Syngenta) seul traitement actuellement efficace et bien adapté à la lutte collective.

Après l'interdiction d'utilisation des insecticides à base de néonicotinoïdes depuis le 1er septembre 2018, les seuls traitements qui ont été éprouvés depuis plusieurs années pour lutter contre le charançon sont, d'une part les nématodes, un parasitoïdes biologique, dont l'efficacité est limitée et qui nécessite un traitement insecticide complémentaire et d'autre part l'injection d'émamectine benzoate dans le stipe du palmier, un insecticide chimique autorisé depuis 2014. Efficace contre le charançon rouge mais aussi contre le papillon Paysandisia archon bien que son AMM n'ait pas été délivrée pour cet usage, c'est le seul traitement qui soit bien adapté à la lutte collective et qui répond le mieux à l'ensemble des critères recherchés. En effet :

Il est autorisé d'emploi depuis mars 2014 (AMM 2140041) pour lutter contre le charançon rouge du palmier, son efficacité a été prouvée par des laboratoires indépendants dont celui de l'Inra à la Station Phoenix à Elche, en Espagne, et les résultats constatés dans le cadre d'Arecap confirment un taux d'échecs très faible sur plusieurs milliers de palmiers privés et communaux en situation réelle.

Sa rémanence, une fois injecté dans le stipe du palmier est longue ; un seul traitement par an est nécessaire pour protéger le palmier préventivement. Ce qui permet d'organiser les chantiers y compris dans les zones de résidences secondaires. Le traitement peut se faire facilement dans des conditions d'accès difficiles et ne nécessite aucun engin ou outillage spécifique. Il peut se faire à hauteur d'homme. Le temps de traitement d'un palmier est très court et ne dépasse pas 5mn.

Le produit injecté est confiné dans le stipe du palmier sans aucun contact avec l'environnement. Ce qui permet de traiter facilement en milieu urbain sans délai de rentrée pour les personnes présentes. Le produit est diffusé par la sève montante qui circule dans tous les tissus vivants du palmier. Ce qui représente un gros avantage puisque tous les tissus vivants se trouvent traités. Par principe de précaution, l'Anses demande que les inflorescences soient coupées à leur émergence pour éviter un risque pour les abeilles au cas où le produit migrerait jusque dans le nectar. Cependant, d'après les scientifiques, les palmiers Phoenix cibles principales du charançon encore aujourd'hui, ne possèdent pas de glandes nectarifères et ne présentent donc pas ce risque.

Ce traitement n'est cependant pas anodin car il blesse les palmiers. Les professionnels applicateurs doivent désinfecter systématiquement les forets utilisés pour percer les trous dans le stipe du palmier afin d'éviter la propagation des maladies. La profondeur de perçage ne doit pas dépasser plus de 15cm dans le stipe vrai (dans les tissus vivants et non dans les restants de palmes). A noter que le palmier ne cicatrise jamais ses plaies mais il crée, en quelque sorte, une barrière de protection (on dit qu'il compartimente ses blessures). Le seul véritable risque, mais très peu probable, à surveiller serait la création d'une carie suffisamment importante qui pourrait fragiliser le palmier, raison pour laquelle Michel Ferry et l'association Propalmes83 avaient demandé l'interdiction de l'utilisation de l'injection en dehors d'une lutte collective afin d'éviter de blesser inutilement les palmiers.

 Quid du piégeage massif et du traitement à base de Beauveria bassiana (champignon entomopathogène)?

Le piégeage massif

voir nos articles sur le sujet ICI, pour faire court, le principe du piégeage est d'attirer les charançons pour les piéger. Les pièges les plus efficaces ne captureront pas plus de 50%, les autres iront infester les palmiers à proximité. Le piégeage massif requiert au moins 4 pièges à l'hectare ce qui conduirait à des quantités de pièges énormes ! A titre d'exemple le territoire de la Cavem (Les Adrets - Fréjus - Puget-sur-Argens - Roquebrune-sur-Argens - Saint-Raphaël) s'étend sur 347km². On peut estimer la zone habitée du territoire sur laquelle sont implantés les palmiers à 95km² soit 9500ha ce qui nécessiterait au moins 38000 pièges ! C'est économiquement impossible, ingérable et serait de toute façon inutile si les palmiers ne sont pas traités. Seuls les fabricants de pièges y trouveraient leur intérêt !  Le piégeage massif est à réserver à des phoenicultures dans les pays producteurs de dattes qui doivent protéger et surveiller leurs palmeraies.

Par contre le piégeage est intéressant comme outil complémentaire des traitements préventifs pour mesurer l'évolution de la population des charançons et permettre de localiser des foyers d'infestation résistants pour pouvoir les traiter rapidement. C'est l'objectif de l'opération 500 pièges lancés par la Cavem en 2018 en partenariat avec la région Sud-Paca qui finance partiellement l'opération, avec notre association Propalmes83 et la société Bergon sur Fréjus qui fournit les pièges. Les propriétaires privés dont les palmiers sont traités dans le cadre d'Arecap peuvent participer à l'opération. Un piège est mis gratuitement à leur disposition et ils doivent retransmettre mensuellement le nombre des prises constatées. Voir le détail de l'opération ICI.

Le Beauveria bassiana

Il s'agit d'un insecticide d'origine biologique qui utilise les propriétés entomopathogènes d'un champignon que l'on trouve dans la nature. Voir notre article à ce sujet.

Ce traitement est inapproprié en lutte collective pour différentes raisons : nombre de traitements par an, coût, difficultés d'application et conditions d'emploi.

Le Beauveria bassiana a une efficacité par contact des spores avec les larves ou les adultes. Deux souches NPP111 d'Arysta et 203 de la société Glen Biotech ont reçu en 2018 une autorisation de mise sur le marché. Le rapport de l'Efsa d'octobre 2015 concernant principalement la  souche NPP111 alerte sur différents risques pour l'environnement dont un risque important pour les abeilles.  Son efficacité en laboratoire ne fait aucun doute mais n'a jamais été démontrée sur des palmiers Phoenix canariensis ( qui sont la cible préférée des charançons ) de plus de 2m de hauteur de stipe. En effet les charançons adultes se cachent à l'interstice entre les palmes et le tronc/stipe et toute la difficulté est de pouvoir appliquer le produit partout ce qui est quasiment impossible. Ceux qui ont déjà traité des Phoenix canariensis connaissent parfaitement la difficulté de pouvoir franchir les pinnules acérées pour traiter la base des palmes. Par ailleurs les traitements doivent être répétés plusieurs fois dans l'année en absence d'abeilles et un délai de rentrée de 6h est à respecter ce qui en fait un produit difficile et coûteux à utiliser en milieu urbain. Le traitement des grands palmiers requièrent des dispositifs spéciaux. Le résultat des expérimentations menées en 2017 et 2018 à Nice au parc Vigier avec la souche NPP11 sont catastrophiques.

Les produits phytosanitaires d'origine chimique sont-ils interdits pour traiter les palmiers contre le charançon rouge ?

Non ! La loi LTE dite aussi loi Labbé prévoit la possibilité d'utiliser des pesticides d'origine chimique pour lutter contre les organismes nuisibles de lutte obligatoire ce qui est le cas du charançon rouge en France. Elle a d'ailleurs été traduite dans le code rural article L253-7

"II.-Il est interdit aux personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 du code général de la propriété des personnes publiques d'utiliser ou de faire utiliser les produits phytopharmaceutiques mentionnés au premier alinéa de l'article L. 253-1 du présent code, à l'exception de ceux mentionnés au IV du présent article, pour l'entretien des espaces verts, des forêts, des voiries ou des promenades accessibles ou ouverts au public et relevant de leur domaine public ou privé. Cette interdiction ne s'applique pas aux traitements et mesures nécessaires à la destruction et à la prévention de la propagation des organismes nuisibles mentionnés à l'article L. 251-3, en application de l'article L. 251-8."

A noter que pour remplacer l'imidaclopride (Confidor) dont l'usage est totalement interdit en France depuis le 1er septembre 2018 dans les "stratégies" 1 et 2 de l'arrêté de 2010 et en traitement curatif après suppression des parties infestées, la Fredon-Paca préconise d'utiliser la matière active  lambda-cyhalothrine (spécialité commerciale le Karate Zeon de Syngenta) qui est un insecticide chimique autorisé pour le traitement des coléoptères sur arbres et arbustes d'ornement. D'autres insecticides pourraient sans doute également être utilisés mais dont l'efficacité n'aura pas été démontrée.

Surfant sur la vague du zéro phyto à tout prix, certains élus se trompent et trompent leurs concitoyens par dogmatisme ou par populisme. Ils font des dépenses colossales pour le traitement des palmiers avec des produits phytosanitaires d'origine biologique sous le prétexte fallacieux de protéger la santé de leur concitoyen sans considérer d'ailleurs le fait que les produits phytosanitaires d'origine biologique peuvent présenter des risques et qu'ils sont, malheureusement, insuffisamment efficaces, pour ceux qui sont autorisés d'emploi aujourd'hui ce qui les conduit à utiliser toujours plus de produits phytosanitaires pour finalement perdre leurs palmiers...!

 mis à jour le 13 janvier 2018.