Pour lutter contre le charançon rouge :
trois types de produits, une seule stratégie !
1) Trois types de produits pour traiter les palmiers ?
Voir la note du Sral-Paca du 18 juillet 2023 « Les produits utilisables pour lutter contre le charançon rouge du palmier ». Ils sont de divers types :
1) des macro-organismes : nématodes Steinernema carpocapsae ; utilisés en arrosage (douche) ou pulvérisation
2) des produits phytopharmaceutiques (PPP) qui disposent d’une AMM pour l’usage 00002009 (voir note1) :
2a - les champignons Beauveria bassiana « Serenisim » (souche NPP111) et « Ostrinil » (souche 147) de la société Arysta qui sont des produits de biocontrôle utilisés en saupoudrage ou pulvérisation des microgranulés, porteurs des spores du champignon, à la base des palmes ;
2b - le « Revive 2 » de la société Syngenta à base d’émamectine benzoate (substance active de synthèse de la famille des avermectines) utilisé en injection dans le stipe/tronc son utilisation est règlementée et nécessite une déclaration préalable volontaire auprès du SRAL voir notre arricle 3) des pièges à base de phéromone (avec AMM si utilisés avec un insecticide).
Pour des informations plus détaillées voir notre article : Avantages et inconvénients des produits autorisés.
2) Une seule stratégie efficace pour lutter contre le charançon rouge : la lutte collective intégrée associant les propriétaires publics et privés !
Pour les experts scientifiques internationaux de la FAO dont Michel Ferry (Réunion internationale de Rome, 2017) , toute stratégie de lutte contre le charançon rouge doit avoir pour objectif de l’éradiquer. Sinon les traitements s’avéreront coûteux et finalement inutiles comme ce fut le cas depuis 2010.
L’objectif est donc la destruction et la prévention de la propagation du ravageur. Michel Ferry a démontré (voir la publication de sa conférence lors de la réunion scientifique internationale organisée par la FAO à Bari en Italie : conférence de Michel Ferry à Bari en octobre 2018 ) que cet objectif peut-être atteint lorsque 75 % des palmiers sensibles (plus particulièrement le Phoenix canarriensis ou palmier des Canaries) sont traités simultanément pendant au moins 3 ans (ce qui nécessite l’organisation d’une lutte collective avec un engagement politique fort pour la soutenir !
Un constat :
80 à 90 % des palmiers Phoenix canariensis les plus vulnérables aux charançons rouges
sont détenus par les propriétaires privés
Le traitement des seuls palmiers publics est donc voué à un échec certain !
Une condition :
Pour que les propriétaires privés puissent s’engager dans une lutte collective il faut qu’ils puissent choisir les traitements préventifs les plus appropriés pour eux en terme d’efficacité, de coût et de respect de la santé et de l’environnement.
3) Ce que change l’arrêté préfectoral du 13 janvier 2026 :
En plus des macro-organismes et des produits de biocontrôle qui sont autorisés, cet arrêté donne la possibilité à tous les propriétaires de palmiers publics et privés de faire traiter leurs palmiers sensibles avec des produits phytopharmaceutiques autorisés (injection de Revive 2) sous réserve d’une déclaration volontaire auprès du SRAL (voir notre article Arrêté préfectoral PACA) et ce quel que soit le choix des collectivités ! L’efficacité du Revive 2 a été démontrée sur plusieurs milliers de palmiers dans le cadre de l’opération ARECAP.
Mais attention ! aucun traitement, aussi efficace soit-il, ne peut prétendre l’être à 100 % ! La surveillance des palmiers, et la détection précoce des symptômes d’une infestation sont déterminants pour leur survie.
Pour tout propriétaire privé, le palmier représente un élément patrimonial structurant et valorisant dans sa propriété auquel il tient et qu’il entretient. Le plus souvent le propriétaire ne sait pas et ne veut pas reconnaître que son palmier est infesté et il intervient trop tard. Pourquoi ? Un palmier est un élément esthétique dans une propriété et l’intervention mécanique qui consiste à supprimer les palmes infestées est appréhendée comme une mutilation inésthétique alors que cette opération, si elle est effectuée à temps par un professionnel agréé permettra de sauver le palmier qui retrouvera toute sa frondaison en quelques mois.Cela a été démontré sur des milliers de palmiers pour lesquels l’infestation détectée suffisamment à temps a permis que puisse être réalisé un assainissement mécanique réussi, en suivant strictement le protocole mis au point par la station Phoenix et en faisant intervenir un professionnel bien formé..
La seule stratégie possible est donc la lutte collective intégrée (1) (3) avec :
1) le traitement préventif simultané d’au moins 75 % des palmiers publics et privés (essentiellement les Phoenix canariensis les plus vulnérables) pendant au moins 3 années consécutives ;
2) la surveillance, la détection précoce des premiers symptômes d’une infestation ;
3) l’assainissement des palmiers par suppression mécanique de toutes les parties infestées ; ou leur abattage ;
4) le broyage et l’évacuation des déchets de palmiers infestés en déchetterie;
5) le piégeage pour évaluer l’évolution de la population de CRP et le piégeage massif comme moyen de lutte complémentaire..
4) Pourquoi la lutte collective intégrée est-elle effectivement la seule stratégie possible pour sauver les palmiers ?
Le charançon rouge du palmier (CRP) est un organisme nuisible prolifique qui finit par tuer son hôte. Une femelle peut vivre de 2 à 4 mois et pondre jusqu’à 200 œufs. Elle pond ses œufs à l’interstice entre les palmes en creusant des trous, avec son rostre, pour y déposer ses œufs dans des tissus protégés, vivants et humides à partir desquels les larves juste écloses vont pouvoir immédiatement s’alimenter. En 3 à 6 jours les larves vont éclore et resteront protégées jusqu’ à leur nymphose à l’intérieur des tissus vivants du palmier dont elles vont s'alimenter, en créant des galeries et des cavités toujours plus importantes. Au moment de leur nymphose, les larves vont créer leur cocon dans la base des palmes d’où l’adulte émergera une vingtaine de jours plus tard pour s'accoupler et se reproduire Plusieurs générations de larves peuvent se retrouver simultanément dans un palmier qu’elles finiront par tuer,le plus souvent à cause du développement de pourriture dans la zone du bourgeon terminal (plus rarement parcequ’il est dévoré par les larves elles-même). D’après les résultats des études effectuées dans le cadre du programme de recherche européen Palm Protect (présentation de Didier Rochat au Copil Paca le 10 mars 2016) le CRP est capable de voler sur plusieurs kilomètres pour trouver un palmier et s’y reproduire.
La stratégie pour lutter contre le CRP est donc la même que celle qu’il faut appliquer dans le cas d’une épidémie virale ! Un palmier non traité finira par infester ses voisins et seul un traitement massif et simultané de la grande majorité des palmiers les plus vulnérables permettra de réduire drastiquement la population de CRP .
Références et documents à consulter :
(1) Présentation de Michel Ferry lors de la réunion du CMSP à Antibes le 31 janvier 2018 : Démarche de lutte collective et intégrée de lutte contre le CRP -
(2) Ferry M., Gómez S., 2015. La stratégie de la dernière chance pour sauver les palmiers. Princeps, 1, 125-134
(3) Ferry M., Gomez S., 2014. Assessment of risks and interest of injection techniques in integrated programmes to eradicate the red palm weevil: review and new perspectives. Fruits vol. 69 (2) 143-157
(note1) Le catalogue des usages est publié par la DGAL au Bulletin Officiel du ministère de l’agriculture : 00002009 Arbres et arbustes*Trt.Part.Aer.*Charançons du palmier